Il s’appellera Koda

«  Tu sais quoi ? Plus tard on aura un chien, il s’appellera Koda » Lui dis-je innocemment…


C’est le lendemain, un dimanche de janvier 2018, que cette histoire commence. Je me réveille aux côtés de mon amoureux, Enzo, dans son petit studio de 18m². Nous ne sortons pas du lit ce matin là. L’appartement est tel que le petit-déjeuner est à porté de mains. Je sais que je ne pourrai pas traîner trop longtemps car j’ai un examen blanc le lundi et je dois rentrer réviser. Mon chéri et moi finissons notre petit-met et, tant bien que mal, je réussi à m’extirper du lit et quitter son appartement dans le milieu d’après-midi.

Je me souviens de cette pluie qui me tambourine le visage. En Charente, les hivers sont généralement pluvieux et humides. J’ai froid. Heureusement que le parking n’est qu’à deux pas. Je grimpe dans ma voiture, tourne le contact et allume le chauffage. Je commence à faire marche arrière quand j’aperçois une silhouette noire en face de moi.

Je comprends très vite à quoi j’ai affaire, mais je ne sais pas encore l’ampleur de ce qui m’attend. Je remets immédiatement mon frein à main, coupe le contact et saute de la voiture. En face de moi, attaché par une chaîne à un reste de poteau rouillé, le poil raidi par le poids de l’eau, un chien tremble de froid. Lentement, je fais un pas vers lui en lui parlant d’une voix douce. Il me montre ses dents et grogne. Je ne m’approche pas plus pour ne pas l’effrayer et provoquer chez lui une réaction qui pourrait nous mettre en danger.

Mon premier reflex est d’appeler mon chéri pour lui dire ce qu’il se passe. C’est en lui confiant ce qu’un chien a été abandonné sur le parking que, je tourne la tête et aperçois, quelques mètres plus loin, un deuxième chien… La tristesse monte en moi.. Mais, c’était sans compter sur la découverte que j’allais faire quelques secondes après.

Dans une cage à oiseau, baignant dans un lit d’urine et de défections, un chiot pleure.

Mon cœur se brise.

Qui est capable d’abandonner deux chiens et un chiot, qui n’a pas l’air d’avoir plus de deux mois, sous un torrent de pluie en plein hiver ?

Tous les trois sont dans un piteux état. Le chien noir est un mâle et son épais pelage ne peut guère camoufler ses flans creux. L’autre est une femelle au poil ras. Sa maigreur est telle que l’on peut clairement voir sa cage thoracique sous sa peau. Elle semble âgée et ses mamelons hypertrophiés nous indique un dysfonctionnement mammaire. Tumeur dues à de trop nombreuses portées ou mammite ? Nous ne le savons pas mais nous pouvons imaginer la vie qu’a du endurer cette pauvre chienne…

Je regarde le chiot et je ne peux m’empêcher de penser à mes mots de la veille. Enzo décide de le sortir de sa cage. Par chance, j’ai une serviette dans la voiture et nous pouvons l’enrouler dedans pour le réchauffer. Il a l’air chétif et sent très mauvais. Son pelage est marron chocolat. Koda, ça lui irait si bien…

« Et si on le gardait ?» quelle idée…

Deux voisines sortent dont une avec un sac de croquettes. Elle s’empresse de donner à manger aux chiens qui se jettent sur la nourriture sans tarder. Ils sont tous les deux maigres et affamés. L’autre voisine nous raconte qu’elle a vu l’homme qui les a laissé ici. Elle ajoute que ce dernier a également laissé beaucoup d’affaires sur le parking en affirmant qu’il reviendrait chercher ses chiens. Cela fait bientôt deux heures que cet homme est parti. Nous sommes unanimes, nous ne croyons pas à son retour.

La fourrière et la SPA sont fermées le dimanche. Quand je téléphone au commissariat pour signaler l’abandon de 3 chiens, on me redirige vers le numéro d’astreinte de la mairie. On me répond de patienter 15 minutes et qu’on me rappellera. Les minutes nous semblent une éternité. Finalement, l’homme me rappelle et me dit qu’il a trouvé du personnel qui viendra avec des cages. D’ici encore 15 minutes ils seront là.

Une fois de plus, les minutes sont longues. Nous imaginons les hypothèses les plus farfelues sur l’homme qui a fait ça. Je ressens une profonde haine pour cette personne que je n’ai jamais vu.

Un bruit de scooter s’amplifie dans la rue.

« C’est lui » dit la voisine.

Nous cachons le chiot dans la voiture. Si il est réellement revenu pour chercher ses chiens, nous ne pouvons pas le laisser repartir avec eux.

« C’est mes chiens, c’est mes chiens » s’empresse l’homme de crier quand il nous voit.

Il est de retour et compte bien récupérer ses animaux. En les détachant, il nous explique que sa petite amie l’a mis dehors, qu’il a laissé ses chiens et ses affaires ici le temps de trouver un endroit où aller. L’homme nous bégaie 2 prénoms qu’il semble avoir inventé à l’instant. Il nous confie être très attaché à eux mais, quand le chien noir essaie de monter la femelle sous ses yeux, il manque de lui mettre un coup de pied. Il se retient car nous sommes là. Visiblement, il ne leur porte aucune affection. Il fini par remarquer que le chiot n’est plus là et, évidemment, il souhaite le récupérer. Malgré son insistance, je lui dis que je ne lui rendrai pas son chiot car que ce qu’il a fait est terrible. D’ailleurs, je suis formelle, il prend ses affaires et il s’en va. Ses chiens restent là et vont être pris en charge par des personnes plus responsables que lui.

Je suis au bord des larmes, il ne compte pas partir sans eux. Après plusieurs minutes d’échanges, il fini par renoncer au chiot mais… Je craque en le voyant s’éloigner, sur son scooter, un chien trottinant de chaque côté de lui…


Koda est un petit braque allemand. Il est très faible pour son age, visiblement très mal nourri et plein de vers. La vétérinaire que nous voyons le lundi matin nous prescris des vermifuges et nous explique qu’il retrouvera sa forme d’ici quelques semaines. Il lui en faudra d’ailleurs qu’une seule pour se remettre de tout cela. Nous savons que Koda ne peut pas rester avec nous pour l’instant.

J’habite dans une résidence universitaire et, même si les animaux y sont interdit, Koda m’y accompagne régulièrement. Très vite, tous les étudiants le reconnaissent et il devient la mascotte des lieux ! D’ailleurs, s’occuper d’un chiot est difficile quand on est toute la journée en cours, mais, on pouvait toujours compter sur mes voisins pour s’occuper de lui quand on avait pas assez de temps !

Vivre à deux dans 18m², c’est déjà limite, alors un chiot en plus… Nous prenons la décision de le garder jusqu’aux vacances de février, où nous repartirons dans nos familles. On ne savait pas encore ce que l’on allait faire mais, on s’organiserait à ce moment là.

C’est dans un premier temps mon petit frère qui s’est occupé de Koda, puis, mon grand frère. Nous tenions tellement à le récupérer que nous n’avons pas pris conscience de l’importance de la stabilité d’un chiot dans son éducation…

Première promenade à son retour sur Angoulême

Au mois d’avril, nous avons aménagé ensemble avec Enzo. Nous avons choisi un appartement suffisamment grand pour accueillir Koda. Il est donc revenu parmi nous. Il avait déjà bien grandi et… un braque allemand a de l’énergie à revendre. Évidemment, nous le sortions trois fois par jours pour ses besoins et une fois supplémentaire pour qu’il se défoule. Malgré cela, il était d’une énergie débordante et nous n’arrivions pas à répondre à ses besoins de dépenses. En notre absence, Koda devenait destructeur à cause de l’ennui. J’ai eu l’idée de lui trouver de la compagnie pour qu’il se sente moins seul.

C’est ici que Shuri, notre chatte, est arrivée. Un dimanche, je suis partie avec une amie à la SPA et je suis tombée sur elle. La relation entre Shuri et Koda était incroyable. D’ailleurs, il lui a offert un de ses jouets préféré à son arrivé : sa peluche cœur.

Fort de constater le peu d’amélioration du côté destructeur de Koda et le manque de temps à lui accorder, nous avons commencé à se poser la question de son devenir. Nous donnions pourtant le meilleur de nous-même pour répondre à ses besoins mais, les conditions n’étaient pas réunies pour prendre soin d’un chien aussi énergique que Koda. Même si nous n’étions pas prêts, même si c’était difficile, nous devions assumer notre choix. Personne ne nous avait obligé à le garder, nous devions trouver la meilleure solution pour lui. C’était la décision la plus douloureuse que nous avions du prendre mais, Koda n’était pas heureux avec nous. Nous n’avions pas sauvé un chiot pour le rendre malheureux, donc nous avons choisi de nous séparer de lui…

Par chance, la grand-mère de mon amoureux habite à la campagne. Nous lui avons donc demandé si elle voulait bien recueillir Koda, pour une durée plus ou moins déterminée. À ce moment là, nous étions étudiant et nous n’avions aucune certitude sur notre avenir. Mais, nous voulions que Koda ne partent pas trop loin de nous, qu’il reste dans la famille était l’idéal. Heureusement, la grand-mère de mon chéri a accepté de prendre Koda chez elle. Nous avons passé l’été entre le Tarn et l’Auvergne avec lui. Nous avons réellement accepté que nous n’étions pas prêt de nous occuper d’un chien. Heureusement que notre entourage a fait preuve de bienveillance et nous a aidé à nous occuper de lui. Finalement, le plus dur c’était pour nous.

À la fin de l’été, nous sommes partis dans le Var chez la grand-mère d’Enzo. Koda a donc rencontré sa nouvelle famille. Il y avait déjà deux chiens là bas, Totem et Shouka. Il fallait que le courant passent entre eux sinon, Koda ne pourrait pas rester. Après une semaine Totem, le mâle dominant, l’a accepté. Koda a appris les règles de la vie en meute et, pour lui qui n’avait aucune limite, c’était une très bonne chose !

Le soulagement, voilà ce que je ressentais quand je voyais Koda galoper dans sur le terrain. Même si au fond, on aurait aimé que Koda reste avec nous, le plus important c’était qu’il soit bien. On savait pertinemment que ce serait le cas ici. Le jour des aurevoirs, Koda ne pensait qu’à jouer avec sa balle. En le serrant dans mes bras, mes larmes ont coulées. Tellement omnibulé par ses jouets, il n’a même pas senti que nous partions.

Dans la voiture, je pleure. Même si la tristesse nous envahit à ce moment là, nous savons que la décision que nous avons prise était la bonne. Koda sera heureux ici. Nous n’avions pas réussi à nous occuper de lui, mais, nous pouvions être fiers de où nous l’avions amené…


Koda coule des jours heureux dans sa campagne varoise. Nous allons le voir de temps en temps. Il passe sa journée a galoper sur le terrain et ce, par tout les temps. C’est un chien très gentil, et malgré son passé tumultueux, il est très équilibré. Quand on repense à ce petit chiot que nous avions sorti de sa cage à oiseau, nous sommes très heureux de le savoir où il est aujourd’hui…