Régimes, TCA, véganisme, mon parcours alimentaire dans ses grandes lignes.

Pour certains c’est un moment de partage et de convivialité, pour d’autres, une étape de la journée. Ou encore, source d’angoisse ou de frustration, de réconfort ou de plaisir : manger. Comment répondre à un besoin primaire à pu devenir aussi compliqué ? À l’heure où l’homme moderne vit d’une alimentation presque totalement industrielle, de plus en plus de personnes se posent la question de ce qu’elles mettent dans leurs assiettes. Cinq fruits et légumes par jour, régime protéiné, trois produits laitiers, alimentation végétarienne, pas trop gras, trop sucré, trop salé, trois repas par jour… Entre idées reçues et discours lobbyistes, manger est devenu un business où bon nombre d’être humains semblent se perdre…

L’alimentation n’est pas une science exacte. Certes, le métabolisme de notre espèce est commun à tous mais, il existe autant de bonnes façons de manger qu’il existe d’être humain. Dans ces quelques lignes, je ne prétends pas détenir la clé d’une alimentation saine, éthique et correcte mais je souhaite simplement exposer une remise en question quotidienne sur mon « mieux manger ».

Ma relation à la nourriture n’a pas toujours été facile. On m’a fait faire mon premier régime à 12 ans. Après ce premier régime, mon rapport à l’alimentation n’a plu jamais été le même. J’ai enchaîné rééquilibrages alimentaires, régimes, sport à outrance et phases restrictives par peur de grossir. Généralement, après chaque effort pour maigrir je reprenais tout le poids que j’avais perdu. Je me mettais donc à ne plus manger pour le reperdre plus vite. Je suis restée dans ce cercle vicieux près de 11 ans. Lâcher prise n’est pas facile, d’ailleurs aujourd’hui, il m’arrive encore d’entretenir un rapport conflictuel avec ce que je mange. Ce sujet fera l’objet d’un autre article plus spécifique mais, il me semble important de le notifier. Mes Troubles du Comportement Alimentaires, ou TCA, ont énormément joué sur l’évolution de mon régime alimentaire tout au long de ces dernières années. Je ne pouvais donc pas parler de mon parcours alimentaire sans évoquer cet aspect là.


Mes premiers pas dans le véganisme


Le plus grand tourment de mon alimentation est la viande. J’aime profondément les animaux. Quand j’étais petite, j’avais beaucoup de mal à comprendre comment je pouvais à la fois me soucier de leur bien-être et les manger. Basé sur la plus grosse contradiction de ma vie, mon premier déclic est survenu après le visionnage d’Earthlings. Ce documentaire mets en lumière toutes nos pratiques qui influent directement ou indirectement sur la condition animale. Le film est divisé en 5 parties et abordent les sujets suivants : animaux domestiques, alimentation carnée, vêtements, divertissement et science. Il est évident que manger de la viande touche directement au bien-être animal. C’est une surprise pour personne ; manger de la viande implique de tuer un animal. Cela peut paraître idiot dit comme cela mais, il est vraiment important de se rappeler que derrière un steak haché, il y a une vie que l’on enlève. Si tu ne veux pas arrêter de manger de la chair animale, ce qui est totalement ton droit, il faut quand même considérer que cette vie n’a pas moins de valeur que la tienne et la consommer en ayant conscience de ce que cela implique. Au delà de la mise à mort, ce qui m’a le plus motivé à arrêter de manger de la viande, c’était les conditions de vie des animaux d’élevage. Et, c’est pour cela que j’ai voulu devenir végane. Je n’étais pas pour autant anti-viande. En fait, dans ma démarche, ce que j’essayais de fuir sans le savoir, c’était l’industrie de la viande et de l’agroalimentaire au sens large.



Petite parenthèse : contrairement aux idées reçues, l’ancêtre de notre espèce n’était pas carnivore. À l’origine, l’ascendant de l’homme moderne possède un régime alimentaire principalement végétarien. Composé de plantes, de racines, d’insectes et que très rarement de petits animaux et de cadavres. C’est pendant l’avènement des outils puis de l’élevage que les hommes ont fait évoluer leur nourriture vers une alimentation plus carnée.

Beaucoup confondent le régime végétalien et le véganisme. Le premier est un régime alimentaire et le deuxième un mode de vie. Être végétalien ne veut pas dire être végan cependant, être végan inclus systématiquement un régime végétalien. Mon premier pas vers le véganisme s’est fait en 2014 en supprimant tout mes apports carnés (viande et poissons). En parallèle, je cherchais à supprimer tout les produits de source animale ou testé sur les animaux de ma consommation non-alimentaire. J’avais le sentiment, à l’époque, d’être seule face à ce changement. Il est très difficile pour moi de trouver les bonnes infos et, surtout, le mode de vie que j’essaie d’atteindre suscite beaucoup d’incompréhension de la part de mes proches. Ma plus grande difficulté a été de résister à la tentation car ma famille consommait, et consomme toujours, énormément de viande.


L’échec de ma transition alimentaire

Je saute le pas du végétalisme au mois de juillet 2014. Ce qui me facilitera la tâche sera d’être seule chez moi pendant quelques semaines. Le renouveau a quelque chose d’excitant, ma période de découverte du végétalisme est plutôt agréable. Contre toute attente, il est très facile pour moi à ce moment là d’être végétalienne. Je ne suis pas confrontée à la tentation et je suis libre d’acheter et de consommer ce que je veux. La difficulté est vraiment apparue quand je me suis de nouveau retrouvé en famille pour les vacances. Étant une grande amatrice des produits de la mer, je craque et je mange du poisson. Malgré la déception face à ce que je considère comme un échec je bascule, à la fin de l’été, sur un régime pesco-végétarien. Le pesco-végétarisme est une pratique alimentaire consistant à s’abstenir de consommer de la viande terrestre mais autorisant la chair issue des poissons, des crustacés et des mollusques aquatiques. Je le resterai pendant un peu plus d’un an.


Un plat qui me tentait beaucoup dans le passé et auquel j’avais beaucoup de mal à résister.

Pendant un voyage en Algérie, mon régime alimentaire va subir un deuxième tournant. Je me souviens de cette odeur si singulière qu’avait le poulet que ma tante a cuisiné ce jour là. La tentation est beaucoup trop forte, je craque. J’ai essayé tant bien que mal de me convaincre que ce n’est qu’exceptionnel mais plus le temps passait, plus il était difficile de résister. Les craquages se sont fait de plus en plus nombreux et, en janvier 2017, je suis redevenue officiellement omnivore. À ce moment là, j’ai vraiment eu l’impression de perdre le contrôle, j’étais comme obsédée par la viande. Plus j’en mangeais, plus j’en avais envie, plus j’en avais envie, plus je culpabilisais. Il ne m’a suffit que d’une seule fois pour que mon corps y reprenne goût et ma consommation de viande est devenue démesurée. J’ai longtemps cru que je m’y étais très mal prise pour changer de régime alimentaire. Je pensais que ma frustration venait du fait que je n’avais pas réduit ma consommation de viande avant de la supprimer totalement. Je ne me sentais pas à la hauteur et je vivais la situation comme un échec. En réalité cette démesure n’était que le reflet de mes années de troubles alimentaires…

Quand j’ai décidé de devenir végétarienne, je sortais tout juste d’une phase de privation très intense. Je mettais mon corps en condition de sous-nutrition pour puiser dans mes réserves et donc, me faire maigrir. Je sautais des repas régulièrement et j’étais capable de rester plusieurs jours en ne mangeant même pas l’équivalent d’un apport calorique journalier. Sans forcement le vouloir, j’avais appris à mon corps que, pour perdre du poids, je devais me priver. Même si mon intention initiale était de devenir végane pour le bien-être animal, mon inconscient l’a associé à un moyen de maigrir. Mon corps a donc rapproché le végétarisme à une privation de viande.

J’ai continué de manger de la viande pendant un peu plus d’un an et c’est finalement au début de l’année 2019, lors de ma grosse prise de conscience, que j’ai une nouvelle fois remis en question mon alimentation. Cette fois-ci, la dimension écologique de ma consommation a pris un peu plus de place dans mon raisonnement. Je savais que manger de la viande, et plus particulièrement de la viande industrielle, avait un gros impact sur notre planète. D’autre part, j’ai aussi réalisé que mes années de pesco-végétarisme n’avaient pas été aussi bénéfiques que je ne le pensais. Dans l’esprit collectif, manger du poisson est mieux que consommer de la viande. Or, l’impact de la pêche et de la pisciculture est vraiment très néfaste pour nos océans et nos rivières. En plus de la pollution plastique et des conséquences du réchauffement climatique, nous prélevons tellement de poissons en mer que les populations ont du mal à se renouveler. Le risque que nous encourons est l’effondrement de la biodiversité marine et, « si l’Océan meurt, nous mourrons ».



Retour vers une alimentation plus en aquéquation avec mes valeurs

La première étape de ce nouveau changement était de me documenter. Je savais déjà que je devais bannir à nouveau la viande et le poisson de mon assiette. Également, je devais aussi revoir tout mon mode d’approvisionnement. Aujourd’hui, quand nous nous rendons dans un supermarché, nous avons tellement tout à porté de mains qu’on ne se pose même plus de questions. D’où provient la nourriture ? Qui l’a produite ? Combien de temps lui a-t-il fallut ? Quelle distance a-t-elle faite pour arriver jusqu’à moi ? Nous, et surtout ma génération, avons tellement l’habitude de consommer ce que l’on veut, quand on veut, qu’on ne se rend pas compte qu’avoir des tomates au mois de décembre n’est pas normal. La prochaine fois que tu vas faire des courses, essaye de te poser toutes ces questions et tu te rendras compte qu’il n’est vraiment pas facile d’y répondre…

Ayant suivie un cursus scolaire en lycée agricole, j’avais déjà été sensibilisé à la consommation locale et de saison. J’ai donc voulu tenter de relocaliser mon alimentation et les premières difficultés sont apparues. Ce n’est pas tout d’avoir l’intention de changer son mode de vie. L’envie de consommer autrement n’est pas suffisante, il faut aussi du temps et de la patience. D’autant plus lorsque l’on vit avec d’autres personnes. Quand j’ai décidé de redevenir végétarienne, je vivais avec mon chéri. Non seulement, changer ses propres habitudes est difficile, mais quand on est deux, ça l’est encore plus. Il faut tenir compte des goûts de chacun, de sa capacité et de son rythme d’adaptation. Il faut aussi prendre le temps de chercher où acheter ses produits, et s’organiser. Et oui, quand on essaye de ne plus aller au super marché, il faut faire le tour de plusieurs commerces pour faire ses courses. Le tout est de faire les choses progressivement. Le but n’est évidemment pas de faire des courses un moment de stress et d’angoisse, voir de culpabilité. Changer ses habitudes demande du temps et c’est normal de ne pas y arriver tout de suite.


Découverte d’un restaurant végétalien sur l’Île d’Oléron. Contrairement aux idées reçus, la cuisine végétale est pleine de saveurs et délicieuse !


Au moment où j’écris cet article, je suis en Auvergne chez mon chéri. Notre régime alimentaire a beaucoup évolué depuis notre rencontre. Même si j’avais eu ma période végétarienne, nous mangions de la viande quasiment à tous les repas. Aujourd’hui, j’ai réussi à supprimer totalement ma consommation de poisson car, à mes yeux, la situation de nos Océans est prioritaire. En revanche, il m’arrive d’avoir envie de viande parfois. La plupart du temps, et cela reste relativement rare, c’est quand j’en ai sous les yeux. Pour éviter à mon corps de se sentir frustré, si l’envie se présente occasionnellement, je cède. C’est un peu ma manière d’apaiser provisoirement mes TCA. Il existe un nom pour qualifier mon régime alimentaire actuel : le flexitarisme. Moi je préfère dire tout simplement que je suis végétarienne, pour ne pas avoir à me justifier. J’ai encore pour souhait d’adopter une alimentation végétalienne mais, pour l’instant, le plus important pour moi est d’apaiser la relation que j’entretiens avec la nourriture. La santé de mon corps et mon équilibre psychique sont aujourd’hui ma priorité. D’ailleurs, si toi aussi tu as envie de changer ton régime alimentaire mais que tu souffre de TCA, je te conseille vivement de te soigner avant d’engager de gros changements qui peuvent engendrer des difficultés émotionnelles.


Pancakes au lait végétal et à la farine complète, crêpes au lait de coco, garnis à souhait. Avant, manger ce qui compose ces images pouvait me faire culpabiliser, aujourd’hui je prends de plus en plus plaisir à cuisiner sucré et surtout à en manger !


Prendre goût au changement et apprécier ses efforts

Même si on n’est pas végétalien, on peut avoir une alimentation plus saine pour soi et pour l’environnement. Acheter des produits bruts, le moins transformés possible et les cuisiner soi-même est vraiment l’idéal. Il y a un énorme facteur dont on ne tient pas compte mais, un produit alimentaire industriel est bien moi nutritif qu’un produit brut. Cuisiner est vraiment un très bon moyen de se reconnecter à soi. Je n’aimais pas vraiment cela avant mais, depuis mon séjour au pair, j’ai vraiment pris goût à préparer ce que je mange et cela m’aide énormément à faire la paix avec la nourriture. La dimension éthique de mon alimentation est aussi très présente. Même si il m’est toujours difficile d’éviter le supermarché pour le moment, je fais attention à ce que j’achète. Il est important de privilégier la nourriture locale et de saison. Même en grande surface cela est possible pour beaucoup de nos aliments. Dans la mesure du possible, je fais au mieux pour éviter d’acheter des produits suremballés, dont les déchets contribuent à la pollution. Au mieux, j’achète en vrac et, si cela est impossible, je cherche le produit dont j’ai besoin emballé dans du carton ou du papier.

Évidemment, le plus important est de faire de son mieux. Le changement doit venir de soi et peut s’avérer long. Il faut essayer de trouver du positif dedans, peut-importe le temps que cela prend pour se mettre en place. Apprécier chaque effort que l’on fait et surtout, se faire plaisir. Selon moi, le plus important est d’avoir envie de donner le meilleur à mon corps et de prendre conscience de ce que je lui offre…