De la fast-fashion à la mode éthique, comment bannir les abus cachés derrière nos étiquettes ?

Serais-tu capable de traiter tes semblables comme des esclaves ? Voudrais-tu faire travailler une femme pendant plus de dix heures par jour, six jours par semaine, pour une poignée de dollars ? Pourrais-tu porter des vêtements qui ont été traité avec des substances toxiques, manipulées par un homme qui ne porte aucune protections ? Déverserais-tu des tonnes de produits chimiques dans le cours d’eau où tu bois ?

Il y a sept ans presque jour pour jour, un évènement tragique a fait trembler le monde de la mode.

Nous sommes à Dacca, capitale Bangladaise, le 23 avril 2013. Le Rana Plaza, un immeuble renfermant des ateliers de couture, est évacué. Les générateurs électriques installés sur le toit ébranlent les murs. Les fissures craquent les cloisons des étages clandestins et le monstre de béton menace de s’effondrer. 

Le matin du 24 avril, les ouvriers et ouvrières, craignant pour leur vie, refusent d’entrer dans le bâtiment. Malgré leur protestation, menacés de licenciement, ils reprennent leur activité en début de matinée. Tels des condamnés à morts, comme si leur vie n’avait aucune valeur, ils retournent aux fourneaux. Neuf heure deux, leur destin se lie. Peu après le démarrage des ateliers, le sol commence à trembler. Les murs cèdent dans un vacarme sourd, le Rana Plaza s’écroule. Dans les décombres encore fumants, au milieu des cris et des cadavres, des étiquettes familières volent parmi la poussière. Mango, Benneton, Primark…

Ce jour là, 1135 hommes et femmes trouveront la mort. Ce jour là, le monde entier ouvre les yeux sur la face cachée de nos caprices vestimentaires.

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L’industrie de la mode, une usine à gaz dévastatrice

La fabrication de vêtements génère quelques 1,4 milliard de tonnes de gaz à effet de serre. La production des matières premières peu durables et les tonnes de déchets générés par les invendus classe l’industrie du textile au 2e rang des plus gros pollueurs mondiaux.

La toxicité d’une production climaticide

Basée sur un modèle de production linéaire, la fabrication de vêtements consume des ressources à outrance. Sa principale matière première, le coton, est très gourmande en eau. Pour en produire 250g, quantité nécessaire à la fabrication d’un seul t-shirt, il faut utiliser environ 2500 litres d’eau. Une fois récolté, le coton est envoyé successivement dans des usines de filages et de tissage où des machines complexes et variés vont en faire du tissu. Ici, les ouvriers du tiers-monde prennent le relais. À mains nues, sans masques ni protections, ils vont plonger l’étoffe dans des cuves pour la blanchir et la colorer. Déversés dans les rivières bordants les usines, ces quelques milliers de mètre cube de substances toxiques et cancérigènes représentent près de 20% des eaux usées mondiales. Ensuite, pour quelques centimes de l’heure, les couturières assemblent et façonnent à la chaine des centaines de milliers de pièces. 

Pour aller plus loin, je t’invite à regarder cette vidéo sur le cycle de vie d’un t-shirt en coton :

Après ces quelques étapes, des milliers de kilomètres au compteur et un impact carbone chargé, notre t-shirt se retrouve dans nos étales.

Notre boulimie textile au prix du sacrifice

La fast-fashion ou collection éphémère, c’est en moyenne une nouvelle collection toutes les deux semaines. Pour pouvoir proposer ce renouvellement rentable, les grandes marques produisent en quantité démesurée.

Pendant que nous arpentons les rayons soldés, des milliers d’ouvriers sous-payés s’affolent à l’autre bout du monde. Chaque année, c’est près de 5 millions de tonnes de vêtements qui sont mis sur le marché Européen. Il faut produire plus, encore plus vite. La quantité prime sur la qualité. Les pièces issus de la fast-fashion ne sont pas confectionnées pour durer. Elles sont fragiles et s’abîment relativement vite pour que le besoin de s’habiller se présente régulièrement. Il faut consommer. Consommer plus, consommer encore et toujours.

Ceci est d’autant plus révoltant quand on sait que près de 80% des vêtements mis en vente sur le marché Européen finissent à la poubelle. Au même moment où les étales gerbent des t-shirts et autres accoutrements à n’en plus finir, des tonnes d’invendus sont brûlés ou lacérés au cutter pour éviter la récupération intempestive.

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Sur le chemin de la Fashion Revolution

Sept ans plus tard, dans l’esprit collectif, le drame du Rana Plaza semble être un lointain souvenir. Pourtant, quelques ondes positives ont su se dégager ce jour là.

En mars 2017 le gouvernement français a promulgué une loi engageant un devoir de vigilance des grandes entreprises envers leurs sous-traitant. Elle implique la responsabilité des sociétés mères, notamment sur le respect des droits humains, la santé et la sécurité des employés, des sous-traitants et des fournisseurs. Malgré cette loi, très peu de choses ont concrètement évoluées.

Cependant, suite à la catastrophe de Dacca, une créatrice de mode Britannique, Carry Somers, a décidé de créer un mouvement : la Fashion Revolution. Chaque année, la semaine du 24 avril, des groupes de créateurs, de célébrités et d’anonymes se mobilisent pour sensibiliser le grand public aux dégâts de la fast-fashion

Ouvrir les yeux et bousculer l’inaction

Quand j’ai commencé à me poser la question des vêtements, j’ai rapidement fait un bon en arrière. Je refusais de voir ce qui se tramait derrière mes jeans et mes t-shirts. Concevoir une autre façon de consommer des vêtements me paraissait hors de porté. Et puis un soir, j’ai sauté le pas. Sous les recommandations de la blogueuse Heloïse Monchablon, je regarde The True Cost. Tout était bien pire que ce que j’imaginais. Parce que oui, au fond de nous, nous savons ce qu’implique un « made in Bangladesh » sur nos étiquettes…

La première étape du changement est la connaissance. Nous avons le droit et le devoir de nous poser des questions sur nos habits. D’où proviennent-ils ? Qui les a fabriqués ? Avec quelles ressources ? Sont-elles nocives ? Les conditions de travail sont-elles optimales ? Cette personne peut-elle vivre décemment ? Bien évidemment, toutes ces réponses ne se trouvent pas au dos des étiquettes c’est pour cela que nous devons aller plus loin..

Aujourd’hui, nous avons la possibilité de savoir ce qui se cache derrière les belles images des marques. En tant que consommateurs, elles nous doivent la transparence que l’on demande. Pourtant, le modèle économique reste le même, les rivières sont toujours polluées, les invendus toujours brûlés et les ouvriers toujours sous-payés. Sur la page web de la Fashion Revolution tu trouveras trois actions pour interpeller les marques de fast-fashion et leur demander plus de clairvoyance.

Le changement commence par soi-même

Parler d’écologie et de droits humain à des sociétés qui génèrent des milliards en s’asseyant dessus semble absurde. Souvent, nous pensons à tord que nous sommes impuissants et que la solution se trouve entre les mains de ces grandes firmes. Or, il est possible d’agir, à notre échelle.

Il existe de nombreuses marques en France dont on peut tracer chaque pièce, de la production à la conception. Des matières moins polluantes et moins toxiques, une rémunération juste des ouvriers, un circuit court, tout ça existe déjà et nous devons faire en sorte de le faire revenir au goût du jour ! Seulement, les vêtements éthiques ont un coût. Nous n’avons pas tous le même pouvoir d’achat et pour beaucoup d’entre nous, se vêtir est déjà un luxe. Alors, « Comment faire ? » me diras-tu.

Et si la vraie question était, pourquoi avons-nous besoin d’autant de vêtements ? Et si le modèle de la fast-fashion nous renvoyez juste une image de nous-même ? Est-il nécessaire de posséder des placards remplis à craquer si nous n’en portons pas la moitié ? Cette réflexion beaucoup plus profonde nous amène à un point clef de nos modes de vie : ne devrions-nous pas privilégier la qualité sur la quantité ? Peut-être vaut-il mieux acquérir un t-shirt un peu plus cher qui durera dans le temps plutôt que d’en acheter 2 tous les mois ?

Le consommateur parfait n’existe pas, et si toutefois consommer éthique est hors de porté, la solution de la seconde main est aujourd’hui bien accessible. Tout est trouvable d’occasion ! Vinted, friperies en ligne, dépôts vente, Emmaüs… Nous avons l’embarras du choix, pourquoi continuer de créer alors que tout existe déjà ? 

Honorer et chérir nos vêtements

Les habits ne sont pas à usage unique et notre planète n’est pas une mine de ressources extensibles pour produire à souhait. Apprendre à se contenter de ce que l’on a déjà, réparer, transformer, échanger.. Prendre soin de nos vêtements et les faire durer est quelque chose que nous avons perdu avec le temps.

Notre style vestimentaire nous définit. Les couleurs, les formes, les matières, sont le reflet de ce que nous sommes. Plus que tout, il est grand temps de se rendre compte de la chance que nous avons de pouvoir se vêtir avec choix. Gardons à l’esprit que chaque objet qui passe entre nos mains a de la valeur. La matière employée pour le fabriquer et l’énergie de la personne qui l’a confectionné doivent être considérés et honorés.